Forum Index > Le Reliquaire > Réactions: Les récompenses dans les jeux (22 fév. 2011)
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Jeff Perrault 27 mois avant
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Salut Je suis entièrement d’accord avec l’idée de poursuivre les discutions ici, excellente initiative Pascal ! À propos de la question récompense intrinsèque/extrinsèque VS compétences internes/externes, je partage ton point sur les différences et les similitudes qu’il peut y avoir entre les deux... ça peut sembler évident, mais il faudrait clarifier le sens, ou du moins celui qu’on veut privilégier dans le cas présent. C’est peut-être juste de la sémantique, mais concrètement… la compétence physique d’être en forme ou la récompense de perdre des calories et… donc être plus en forme ? -- Dans certains cas, comme dans Your Shape ou Brain Age, le but est clair, et qu’on parle de récompense ou de compétence, l’utilisateur est pleinement conscient de ce qu’il pratiquera ou de ce qu’il acquerra, mais dans un jeu ou la trame narrative est plus forte… Serait-ce possible d’amener le joueur vers le développement de compétences génériques ou externes, (comme des aptitudes psychosociales qui deviendraient ultimement des récompenses extrinsèques) sans que ce ne soit un argument de vente du titre en question. Est-ce qu’on nous vend des films d’auteurs en nous vantant les mérites de ceux-ci à nous faire voir la vie d’un angle différent… Peut-être…? Est-ce que ce genre de jeu pourrait être en mesure de proposer une fusion des deux types de récompenses ? -- Sur un autre point aspect des récompenses, le transfert/modification de leurs sens : Dans PAC-MAN, selon Louis-Martin, les « regular dot », sont des récompenses habituelles. Pour ma compréhension personnelle, ne sont elles pas aussi ET structurelles ET systémiques ? Et le point que je voulais surtout soulever : la perception du « regular dot » qui devient « THE LAST DOT », comment change t'elle l’attitude du joueur par rapport à cette récompense – comment pourrait-on appliquer ce drastique changement de perceptions à d’autres systèmes de jeux plus complexes ? -- Sur une note plus légère, je tiens juste à dire que tout le monde mérite certainement un ACHIEVEMENT TROPHY pour leurs participations et/ou l’organisation du RELIQ et de ses conférences = Bravo ! -Jean-François Perrault |
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Simon Dor 27 mois avant
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J'ai l'impression que Louis-Martin et Nicola n'ont pas utilisé la même
définition de récompenses intrinsèque et extrinsèque, parfois même jusqu'à
inverser leur sens.
Pour Louis-Martin, l'intrinsèque consistait en la raison de jouer liée à
ce que le jeu rapporte en lui-même. Je joue parce que j'ai un intérêt pour
l'activité ludique en elle-même, et les récompenses intrinsèques consistent en
le fait que le jeu est intéressant pour lui-même.
L'extrinsèque, pour lui, consiste en quelque chose d'extérieur à ce que le
jeu en soi lui donne: par exemple, des "achievements" sur Xbox Live, des
coupons-rabais de carottes (son exemple!), etc.
Pour Nicola, améliorer sa condition physique serait extrinsèque, car il
serait extérieur au jeu, alors qu'en fait, selon Louis-Martin, améliorer sa
condition physique serait constitutif de la pratique même du jeu (on joue pour
l'intérêt de jouer, mais si le jeu même est un jeu de condition physique, il
s'agit d'une récompense intrinsèque).
L'intrinsèque, selon Nicola, consistait à pouvoir voir les calories
brûlées, avec un "leaderboard", etc., alors que, selon Louis-Martin, il
s'agirait plutôt d'extrinsèque, comme il ne s'agit pas en soi de ce que la
pratique du jeu permet, mais d'une récompense extérieure au jeu (être élevé
dans le leaderboard).
Je suis plutôt du côté de Louis-Martin là-dessus, car je ne crois pas que
ce soit nécessaire de distinguer la pratique "pure" d'un jeu versus une
pratique "dérivée", "outillée", qui serait celle d'utiliser le jeu pour
améliorer sa condition physique. Serait intrinsèque la récompense liée aux
accomplissements dans le jeu, extrinsèque la récompense qui n'a pas d'incidence
sur la pratique du jeu (donc, pas les "power-ups") ou dont le lien avec les
compétences du joueur est arbitraire (comme les achievements). Seraient
extrinsèques les achievements, le partage d'information à l'extérieur, les
points sur les leaderboards, etc.
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Patric Mondou 27 mois avant
ActivityRank: 0 Je trouve fort intéressante la proposition de Dominic. Je crois effectivement que l'on peut parler d'acquisition de compétences internes et externes, mais je crois en revanche que cette dernière classification ne peut se substituer à celle des récompenses intrinsèque et extrinsèque : j'ai du mal à concevoir que la satisfaction d'obtenir un nouvel item magique dans WoW (récompense intrinsèque) par exemple, est lié à quelque compétence (interne ou externe). Est-ce que ta proposition visait à redéfinir le principe de récompenses extrinsèques, en particulier? Je trouve aussi qu'il est difficile de tracer la frontière des compétences génériques : si une compétence est interne, elle devient générique du moment qu'un autre jeu similaire est publié. En partant de ta réflexion, un jeu éducatif peut présenter cet évasif principe de fusion (in/ex)trinsèque : un joueur progresse en résolvant des problèmes mathématiques (récompenses intrinsèques); il acquiert aussi des compétences en mathématiques (récompense extrinsèque); ces nouvelles compétences lui servent à mieux résoudre les problèmes. Cependant, cette explication n'est valide que si le joueur cherche véritablement à acquérir des compétences en mathématique. Si ce n'est pas le cas, l'acquisition de compétences peut difficilement être considérée comme une récompense! Personnellement, en jouant à Brain Age, je ne cherchais pas à rajeunir mon cerveau, mais bien à conserver les 'top scores' devant ma copine et mon coloc! Dans un même ordre d'idées, un jeu comme Guitar Hero requiert un sens du rythme. Le fait de jouer au jeu améliore cette compétence (avant tout externe), ce qui permet par la suite de progresser dans le jeu. Encore une fois, je ne connais pas beaucoup de joueurs qui jouent à Guitar Hero pour parfaire leur sens du rythme (simplement parcequ'il na pas été mis en marché dans cette optique). L'appréciation (ou non) d'une récompense extrinsèque serait-elle donc personnelle? Dans le jeu Civilizations IV, les joueurs absorbent une quantité phénoménale d'informations qui les amènent à mieux comprendre certaines civilisations ou certaines époques, mais peut-on vraiment parler de récompense au sens ou nous les avons définies ? Ainsi, je voudrais proposer une autre classification:
Mes explications manquent de 'viande', mais c'est
un début. Comme le dit Simon, les définitions proposées par Louis-Martin et
Nicolas étaient parfois bien différentes et c'est sans doute ce qui m'a inspiré
cette 'dissection' des récompenses extrinsèques. C'est mon esprit trop
systémique qui s'échauffe! |
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JonathanLessard 26 mois avant
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Les types de récompenses comme nouveau critère de distinction des genres
vidéoludiques? Bonne idée! Ceci dit, ça ne va pas simplifier le tableau
;) Discussion très intéressantes. |
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Puisque j'écris une thèse de doctorat sur le genre dans le jeu vidéo, je me suis formulé une hypothèse hier soir en écoutant Nicola Godin et Louis-Martin Guay échanger à propos de récompenses intrinsèques VS extrinsèques. Ne pourrait-on pas définir la spécificité du jeu de fitness (physique autant que mental - cela s'applique aussi à Brain Age) justement sur la base que ce sont des jeux qui reposent sur une fusion des récompenses intrinsèques et extrinsèques?
Je m'explique: l'un des deux paradigmes à la base du jeu vidéo est qu'un jeu devrait fournir une expérience unique au joueur (je joue à Gears of War parce que j'ai envie d'avoir une expérience différente qu'en jouant à Halo, Call of Duty, Battlefield; et vice-versa). Or, les jeux de fitness constituent des implémentations plutôt que des adaptations, pour reprendre une distinction amenée par Jesper Juul (http://www.jesperjuul.net/text/gameplayerworld/). Je pourrais très bien faire des jumping jacks ou que sais-je d'autre dans mon sous-sol sans le jeu et le compteur calorique. En même temps, on ne peut nier que si quelqu'un prend la peine de partir son Xbox / Kinect / naviguer dans l'interface etc., c'est qu'il y a quelque chose qui lui plaît dans l'idée de faire son exercice de cette manière plutôt qu'en regardant le mur de sa cave.
Autrement dit, la récompense intrinsèque et la récompense extrinsèque tombent en fusion. Je joue pour jouer à Your Shape, certes, mais je joue aussi (et dans bien des cas, surtout) pour me mettre en forme, brûler des calories, etc. J'ai des motivations extrinsèques, mais le jeu double ces motivations et récompenses d'une structure visant à fournir des récompenses intrinsèques aussi.
Or, à part les jeux de gambling (hasard+argent) qui reposent sur le même principe de fusion intrinsèque+extrinsèque (évidemment pour des motifs très différents: le gain et la perte monétaire ne peuvent être comparés à l'activité physique et la remise en forme), je ne vois pas trop quels jeux (et surtout quels genres) peuvent être qualifiés ainsi. Fonder la définition du genre fitness là-dessus nous permet d'évacuer des trucs comme Guitar Hero ou, surtout, Dance Dance Revolution. DDR ne repose pas sur une fusion intrinsèque/extrinsèque: on ne joue pas à DDR pour devenir meilleur danseur, mais bien pour jouer le jeu de DDR. Motivations intrinsèques prédominantes, et une couche de motivations extrinsèques collée par-dessus (plus ou moins "patchée" à la fin de la prod, pour faire suite aux propos de L-M hier). Et c'est comme ça dans virtuellement tous les jeux: le joueur de StarCraft (2) ne joue pas d'abord pour améliorer ses réflexes et sa coordination oeil-main; c'est un effet périphérique de l'expérience du jeu, qui est la raison pour laquelle il y joue.
Je proposerais peut-être d'aborder la question sous un autre angle: au lieu de récompenses intrinsèques et extrinsèques, on pourrait parler de compétences internes et externes. Les compétences internes sont développées dans le cadre d'un jeu et y sont spécifiques. Devenir très bon à StarCraft ne signifie pas que l'on sera très bon à Risk, ou à Super Mario World, ou à Guitar Hero. Les compétences externes peuvent être "exportées" à divers champs d'application de la vie (coordination oeil-main, résolution de problèmes, débrouillardise, qui sont à peu près toujours présents dans une panoplie de jeux; mais certains titres, dont les serious games / edutainment / fitness games, vont chercher à développer explicitement ce type de compétences). Enfin, entre compétences internes et externes, il y a les compétences génériques, qui peuvent habituellement être transplantées sur un ensemble de jeux similaires (du même genre).
Pour illustrer: je peux exporter mes compétences externes d'habileté motrice, d'organisation, de multitasking, et de prévisions à long terme acquises dans StarCraft; mais mon envie de jouer ne découle pas du fait que j'ai envie de travailler ces aspects-là de ma vie (les pro-gamers coréens vont faire ça, se lever le matin en voulant travailler leur APM (action per minute), mais ils travaillent alors plutôt qu'ils ne jouent). En jouant à SC, je développe aussi des compétences génériques (rassembler mes troupes en une force; optimiser ma production de ressources; principe du "expand", création d'une base secondaire qui me permet d'augmenter ma production, mais m'ouvre à des attaques; etc.), qui pourront être appliquées sur d'autres jeux de type RTS. Et enfin, un certain nombre de compétences "core", internes, qui ne m'aideront pas à faire quoi que ce soit d'autre (pratiquer le leapfrogging de mes siege tanks, scanner pour des nydus worms, étaler mes psionic storms de mes templars, etc.)
Voilà, "food for thought" comme on dit.
Version TL;DR: Read the goddamn thing.